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Pour les autres membres de la famille, voir : Maison Romanov.
Nicolas II de Russie (Nikolaï Aleksandrovitch Romanov, en russe : Николай Александрович Романов), de la dynastie des Romanov, né le 6 mai 1868 au palais de Tsarskoïe Selo et exécuté le 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg. Nicolas II est le dernier tsar de toutes les Russies, de 1894 à 1917. Nicolas II est désormais considéré comme un saint par l'Église orthodoxe de Russie. Il connaît de nombreux surnoms suivant les époques : Nicolas le pacifique, du temps de son règne, puis les soviétiques le baptiseront Nicolas le sanguinaire, mais de nos jours la tradition populaire orthodoxe le décrit comme un saint digne de la passion du Christ[1]. Son règne et celui de son père correspondent à l'époque du plus grand essor dans l'histoire de la Russie du point de vue économique, social, politique et culturel. Les serfs sont libérés, les impôts allégés. Stolypine réussit à développer une classe de paysans riches, les Koulaks. La population triple et cette Russie de 175 millions d'habitants est la troisième ou quatrième puissance économique et possède le premier réseau ferroviaire après les États-Unis. Le rouble devient une monnaie convertible et outre un nombre important de marchands et d'industriels, l'Empire possède désormais ses propres financiers. Ils sont souvent des mécènes. La Russie prend du temps de Nicolas II, la deuxième place dans le domaine de l'édition de livres. De nouvelles universités, des écrivains, sculpteurs, peintres, danseurs... sont, à l'époque de ce Tsar, connus dans le monde entier[2]. Selon Alexander Gerschenkron : Nul doute qu'au train où croissait l'équipement industriel pendant les années du règne de Nicolas II, sans le régime communiste la Russie eut déjà dépassé les États-Unis[3]. Nicolas II gouverne de 1894 jusqu'à son abdication en 1917. Il ne réussit pas à contrôler l'agitation politique de son pays et à mener les armées impériales à la victoire pendant la Première Guerre mondiale. Son règne se termine avec la révolution russe de 1917, pendant laquelle lui et sa famille sont emprisonnés d'abord dans le palais d'Alexandre à Tsarskoïe Selo, puis plus tard dans le manoir du Gouverneur à Tobolsk, et finalement à la villa Ipatiev à Yekaterinbourg. Nicolas II, son épouse, son fils, ses quatre filles, le médecin de famille, son domestique personnel, la femme de chambre et le cuisinier sont assassinés dans la même salle par les bolcheviks, pendant la nuit du 17 juillet 1918. Il semble de plus en plus certain que ce crime aux yeux des nouvelles autorités russes a été orchestré de Moscou par Lénine et Sverdlov, le bolchévik, dont la ville de Yekaterinbourg prendra le nom et dont l'oblast assez bizarrement le conserve encore aujourd'hui. La mort de Nicolas II, de son épouse l'impératrice et de leurs enfants fait, d'eux des victimes à canoniser comme martyrs par divers groupes attachés à l'Église orthodoxe de Russie. Mais, il ne faut pas oublier le Dimanche Rouge et sa culpabilité évidente comme fauteur de guerre[4]. La Première Guerre mondiale marque la fin de quatre Empires et ébranle les deux grands empires coloniaux. La Russie va être pendant plus de 70 ans la patrie du socialisme, pour une partie de l'humanité et un régime totalitaire et impérialiste pour les autres. Un homme fort n'a pas besoin du pouvoir, mais le pouvoir broie l'homme faible (Nicolas II)[5]. Jeunesse
Le 6 mai 1868 naît Nikolaj Aleksandrovič Romanov, fils d'Alexandre III et de Marie Fëdorovna (1847-1928), fille de Christian IX roi du Danemark. Il est le premier des cinq fils du couple impérial : Alexandre (1869-1870), Georges (1871-1899), Michel (1878-1918), Xenia Alexandrovna (1875-1960) et Olga (1882-1960). Nicolas et ses plus jeunes frères sont élevés comme de jeunes spartiates : des lits de camp, l'ameublement simple, icône religieuse de la Vierge et de l'enfant Jésus. Leur grand-mère, Maria Alexandrovna, introduit les coutumes britanniques en matière d'éducation chez les Romanov : gruau pour le déjeuner, bains froids, abondance d'air frais...[6]. Leur mère est quelqu’un de brillant, d’enjoué, aimant la vie en société, les bals et les fêtes et elle va leur donner le goût pour le divertissement et la vie mondaine[7]. Mais elle ne s’occupe guère d’eux et c’est leur père, rude et bourru, qui monte dans leurs chambres pour les câliner[8]. Le 31 mars 1881, il est présent lors de l'agonie de son grand-père, le Tsar Alexandre II de Russie, qui a les jambes arrachées et est défiguré par un attentat, alors qu'il s'apprêtait à faire de grandes réformes. Nicolas devient Tsarévitch. Pour des raisons de sécurité, le nouveau Tsar et sa famille s'installent au palais Gatchina en dehors de la ville[9]. A l'adolescence, le Tsarévitch a déjà un caractère sérieux et réservé, respectueux des conseils de ses précepteurs et obéissant aux ordres de son père[10]. Alexandre III confie l'éducation de son fils à des hommes issus de son gouvernement, parmi lequel le procureur du Saint Synode, Konstantin Pobedonostsev, le général Danilovič, le ministre des finances Bunge, totalement pénétrés de la nécessité d'un pouvoir impérial fort[11]. En 1884, à l'âge de seize ans, il rencontre pour la première fois sa future femme, la princesse Alexandra de Hesse-Darmstadt, l'une de ses cousines allemandes, âgée de douze ans, dont il tombe amoureux. Toutefois la perspective d'un possible mariage avec une princesse allemande contrarie aussi bien le Tsar que la Tsarine, et Alexandre III ordonne à Nicolas Aleksandrovich d'abandonner tout espoir de se marier avec une Allemande[12]. Le futur Tsar mesure 1.73 m, est châtain avec des yeux bleus, il est mince et bien physiquement, selon ses contemporains. Il est un excellent danseur, patineur, cavalier et a le goût de la chasse. Il parle plusieurs langues étrangères, mais la politique est pour lui une corvée[13]. De 1885 à 1890, il fréquente la faculté de sciences politiques et économiques de l'Université de Saint-Pétersbourg, devient colonel de la Garde impériale et suit aussi les cours de l'Académie d'État. Les journaux intimes du jeune Nikolaj Aleksandrovič montrent son enthousiasme pour la vie de caserne, pour les parades, les revues, et la vie des jeunes soldats dans la capitale. Le Tsar, cependant ne fait rien pour lui enseigner l'art de gouverner. Il veut en faire un juriste, un officier et le meilleur représentant de la grande Russie et de l'illustre famille des Romanov auprès des cours européennes[14]. Le 23 octobre 1890, il appareille, sur un croiseur russe et fait des visites officiels en Grèce, Égypte, aux Indes, dans le sud-est asiatique, en Chine et au Japon. Il est accompagné entre autres de son frère Georgij et prince Georges Ier de Grèce. Pendant son séjour au Japon, le futur Tsar reçoit un coup de sabre d'un mari outragé par les avances que Nicolas commet auprès sa jeune épouse[15]. Le Tsarévitch doit revenir dans son palais en traversant la Sibérie. Il revient d’Asie avec grand mépris pour les Japonais, qu’il appelle les singes et il est plus que jamais assuré de son amour profond et sincère pour le paysan russe... le meilleur des êtres humains[16]. A son retour son père lui conseille de faire la fête et va même jusqu'à favoriser une relation du Tsarévitch avec la première danseuse du Kirov, Mathilde Kschessinska. Nikolaj Aleksandrovič, malgré son lien avec la danseuse, n'oublie pas la grande duchesse Alice, et dans son journal il écrit que son rêve est, un jour, de l'épouser. Il rompt sa relation avec la Kšesinskaja[17]. Au début des années 1890, la santé du Tsar Alexandre III se dégrade, et tout le monde sait que Nikolaj Aleksandrovič va lui succéder au trône. Comme il est tombé amoureux de la sœur de Guillaume II [18], il obtient le consentement de sa famille à son mariage avec Alice, malgré l'insistance de ses parents à vouloir le marier à Hélène d'Orléans, fille de Philippe d'Orléans (1838-1894) et ainsi renforcer l'alliance franco-russe. Le 8 avril 1894, Nikolaj Aleksandrovič et Alexandra de Hesse-Darmstadt se fiancent officiellement au château de Cobourg, en présence de leur famille, parmi laquelle l'empereur Guillaume II d'Allemagne et la reine Victoria du Royaume-Uni, grand-mère commune à la fois des fiancés et du Kaiser. Son père avant de mourir lui dit : Manifeste ta propre volonté, ne laisse pas les autre oublier qui tu es[19]. Nicolas II succède à l'empereur Alexandre III, le 1er novembre 1894. Premières années de règneSon mariageLe nouveau Tsar se pose la question suivante : Que va t'il nous arriver à moi et à toutes les Russies ?[20]. Il dit aussi : Non, je ne suis pas prêt à être un Tsar. Je n'ai jamais voulu l'être. Je ne sais rien sur ce qu'il doit faire pour gouverner. Je n'ai pas la moindre idée de comme on parle aux ministres[21]. Pendant un certain temps il se contente d'imiter son père, mais il consacre beaucoup plus d'attention aux détails de l'administration que ce dernier. Sa fiancée se convertit avec réticences à la religion orthodoxe. Le Kaiser leur cousin, s’entremet avec succès. Il veut renouer l’alliance des trois empereurs[22]. Le 26 novembre 1894, Nicolas II épouse la princesse Alix de Hesse-Darmstadt (1872-1918), fille du Grand Duc Louis IV de Hesse et d'Alice du Royaume-Uni (1843-1878). Elle est connue en Russie sous le nom russifié d'Alexandra Fedorovna[23]. Les cérémonies de mariage obéissent à un rite multiséculaire[24]. Nicolas II et Alexandra Feodorovna ont cinq enfants : un fils, le tsarévitch Alexis Nikolaïevitch (1904-1918) et quatre filles, Olga Nikolaïevna (1895-1918), Tatiana Nikolaïevna (1897-1918), Maria Nikolaïevna (1899-1918) et Anastasia Nikolaïevna (1901-1918). Il existe de nombreuses photos du mariage, du couple et de ses enfants, qui forment une famille très unie : Nicky and Alix a love story. (Nicky et Alix une histoire, d’amour) Son couronnementLe 26 mai 1896 est le jour de son sacre comme empereur et autocrate de toutes les Russies (Божию Милостию, Император и Самодержец Всероссийский) et Basileus de l'Église Orthodoxe russe[25]. Des images d'actualités de l'époque nous montrent le couronnement de Nicolas II de Russie. Le rituel est inspiré de Byzance[26] et a lieu à Moscou, la capitale de la troisième Rome[27]. A Moscou se trouvent les corps de ses ancêtres et cette grande ville outre qu’elle le centre de l’Empire (Rossia) incarne la tradition Rous, l’ancienne Russie. Se conformant aux précédents couronnements Nicolas II fait une entrée triomphale dans la ville de Moscou, sur un cheval blanc, suivi des deux impératrices[28]. Le jour de cette cérémonie très importante, une bousculade dans la foule, présente au champ de Kodinka, provoque la mort de plusieurs centaines de personnes qui sont piétinées[29]. Le Tsar pense annuler les cérémonies officielles, mais il n’ose se décommander eu bal du comte de Montebello, l’ambassadeur français. Il y paraît donc, blême et anxieux. Et à peine sorti de cette fête gâchée, il se rend au chevet des blessés[30] Il donne une forte indemnité à chacune des familles des victimes[31]. Le peuple du fait de cette catastrophe et de sa participation au bal va se mettre à haïr la Tsarine qu’il surnomme l’Allemande. Or tout ceux qui vont la rencontrer vont rapidement se rendre compte qu’elle déteste le IIe Reich et parle en anglais, sa langue maternelle[32]. Alexandra est méprisée aussi par les Russes du fait de l'amitié qu'elle voue à un moine débauché, Raspoutine, qui devient l'intime de la famille impériale, car il est capable de guérir les crises d'hémophilie, dont souffre le tsarévitch Alexis. Raspoutine acquiert une très grande influence sur le Tsar et sur son épouse avant d'être finalement assassiné par une conjuration de hauts dignitaires en décembre 1916 (le député Vladimir Pourichkevitch et le prince Félix Youssoupoff, époux d'une nièce du tsar). Mal préparé n'ayant pas à assumer ses fonctions, Nicolas II est généralement considéré par les historiens comme un homme n'ayant ni l'imagination créatrice, ni l'énergie de concevoir un autre ordre[33]. Il subit constamment l'influence de son épouse. Il rêve d'une existence bourgeoise avec elle et leurs enfants et de parties de tennis ou de bains dans les eaux glacées de la Baltique. D'ailleurs trois jours après son mariage, il écrit dans son journal : Avec Alix je suis immensément heureux. Dommage que les affaires d'État me prennent tant de temps. Je préfèrerais passer avec elle toutes ces heures[34]. Le Tsar semble parfaitement inconscient des intrigues de la cour, de sa dépravation et de l'affairisme de certains de ses conseillers. Jugé entêté comme tous les faibles, incapable de refus, il est trop délicat et bien élevé pour se déterminer grossièrement et, plutôt que refuser, préfère se taire. Son épouse écrit à la fin de sa vie en 1917 à une amie : Si vous saviez au prix de quel effort il a pu vaincre en lui cette propension à la colère, propre à tous les Romanov !... Le plus magnifique des vainqueurs est celui qui se vainc lui-même[35]. En dépit d'une visite au Royaume-Uni avant son accession, où il s'intéresse au fonctionnement de la Chambre des communes, Nicolas II est opposé au parlementarisme, et même à une extension des pouvoirs des assemblées locales, les zemstvos. Il défend le principe de l'autocratie absolue[36], car il est profondément marqué par l'assassinat de son grand-père le tsar libérateur, Alexandre II, quand il avait 13 ans. Au mois de janvier 1895, il expose clairement son programme, il est le dépositaire d’une tradition, celle des Romanov. L’autocratie est un principe sacré, légitimé par des lois qui ne sont pas temporelles[37]. Il répète aux Russes : Vous avez formulé des rêves insensés[38]. Le maintien affirmé de l'autocratieNicolas II de Russie veut conserver l'organisation centralisée du pouvoir, qui avait permis de conserver une stabilité gouvernementale. Parmi ses principaux collaborateurs ils figurent des hommes jadis proches conseillers d'Alexandre III comme le procureur du Saint Synode, Konstantin Pobedonostsev, son ancien précepteur, les ministres de l'Intérieur, Ivan Goremykine (de 1895 aux 1899) et le comte Plehve (de 1902 à 1904), le chef de la police de Saint-Pétersbourg, Dimitri Feodorovitch Trepov (de 1896 à 1905). Le choix de son cabinet annonce quelles vont être les orientations politiques des premiers années du règne du jeune Nicolas II. Totalement novice dans l'art de gouverner un état, il arriva au trône en appliquant les doctrines conservatrices apprises de Konstantin Pobedonostsev[39]. Il a des idées toutes-faites et idéalise la réalité russe. Il est influencé par la lecture des biographies des saints orthodoxes et du tsar Alexis Ier de Russie, connu dans l'histoire russe comme le bon Tsar et se veut être un vrai père du peuple, le surnom du tsar dans les campagnes russes[40]. Dans le même temps, il accède aux demandes de sa timide et puritaine femme, qui veut éloigner elle et sa famille de la vie mondaine de l'aristocratie russe, en choisissant comme résidence le palais Alexandre, situé à Tsarskoïe Selo, Village des Tsars. Cela le rendra - et surtout Aleksandra Fedorovna - antipathique à une partie importante de la grande noblesse de Moscou et de Saint-Pétersbourg, qui ne se reconnaît pas dans ce Tsar qui privilégie un style de vie austère loin de la cour[41]. Sous l'impulsion du comte Plehve, ministre de l'Intérieur, il soumet les Zemstvos, ces assemblées provinciales ouvertes au peuple, à des fonctionnaires d'État, et organise une russification des provinces, en particulier de la Pologne, de la Finlande et du Caucase[42]. Serge Witte et l'industrialisation de la RussieNicolas II conserve aussi le ministre de son père, Serge Witte. Malgré leurs divergences de caractère, Nicolas II approuve la politique de développement économique intensif menée par son ministre des Finances (de 1892 à 1903). Serge Witte veut faire de la Russie une grande puissance européenne. Le 3 janvier 1897, Sergueï Witte continue les réformes financières amorcées sous Alexandre III : le rouble-or est instauré dont l'impérial (15 roubles) et le demi-impérial (7 roubles et 50 kopecks). Cette réforme donne un élan sans précédent en Russie, à l'économie et aux développements de l'industrie. La dette de la Russie passe de 258 à 158 millions de roubles entre 1897 et 1900[43]. Serge Witte a aussi comme priorité le développement du commerce à l'étranger. Après une négociation serrée avec Berlin, le gouvernement allemand accepte d'appliquer à la Russie un tarif douanier très favorable. En 1914, la moitié des importations russes viendront d’Allemagne et un tiers des exportations y partiront[44]. Pour développer l'industrie, Serge Witte a recours à l'emprunt à l'étranger, les fameux emprunts russes[45]. De 1895 à 1899, ils atteignent 275 millions de roubles, venant surtout de France et de Belgique. Grâce à eux, le développement industriel grimpe à des sommets jamais atteints. La production augmente en effet de 8% dans les années 1890. Witte encourage les compagnies privées étrangères à venir investir en Russie. En 1900, près de 300 sociétés, en grande partie françaises et belges, y sont installées. Elles contrôlent 60 p.100 de la production de houilles et 80 p.100 de celle du coke. Les progrès réalisés dans le domaine du développement économique, sans réel souci du sort des ouvriers, entraînent logiquement des mouvements sociaux. Sergej Julievič Vitte se rend compte de la nécessité de faire des réformes sociales, culturelles et politiques. Mais il doit faire face à l’essor de la culture russe traditionnelle qu'inspire au peuple et aux intellectuels la peur du changement. C’est le cas de Konstantin Aksakov et de Alekseï Khomiakov, des slavophiles ennemis de l’Occident et du progrès, partisan du retour au mir et à l’orthodoxie des anciens russes. Et aussi à l’opposition des grands propriétaires fonciers[46] et d'industriels voulant de la main d'œuvre bon marché. En juillet 1897, le gouvernement limite la journée de travail à onze heures trente et le travail de nuit à dix heures[47]. Malgré tout, Nicolas II est conscient de la valeur de Serge Witte, qu'il déteste car il est franc-maçon[48], mais qu'il laisse réformer et industrialiser l’Empire[49]. Avant la fin du siècle, la balance commerciale russe n’est plus déficitaire et le rouble devient convertible et fiable. Des chemins de fer sont construits dans tout le pays, dont le Transsibérien terminé en 1901[50]. Serge Witte (1849-1915) transforme la Russie en serre du capitalisme[51]. On le compare souvent à Colbert et à Turgot[52]. La politique agricole, au contraire, se montre ruineuse et inadéquate. Les jachères sont nombreuses et les paysans libres endettés[53]. Serge Witte comprend qu'il faut baisser leurs impôts et comme il constate que la vodka est consommée en quantité excessive il décrète l'alcool monopole d'état. Le Trésor se gonfle des sommes importantes générées par la consommation de vodka[54]. Entre 1893 et 1899 24 % des ressources du gouvernement proviennent de la vodka[55]. La population passe de 98 à 175 millions d’habitants de 1880 à 1914. Serge Witte repeuple la Sibérie et des territoires en Extrême-Orient. L'exploitation des ressources orientales toutefois engendre un conflit administratif de compétences entre les ministères des Finances et des Étrangers. En 1900, la crise mondiale de la monnaie cause la fermeture d'industries et de banques. Les opposants propriétaires fonciers de Serge Witte profitent de la situation pour relancer des attaques contre lui, en l’accusant d’être le père de la social-démocratie. Seulement en 1903 la Russie reprend son ascension économique[56]. Défense de la paixEn 1897, le Tsar envoie général Golitsyne russifier les provinces du Caucase et en 1898 et il nomme gouverneur général de Finlande Nikolaï Bobrikov, qui entreprend de russifier la population. Malgré cette répression, un appel au désarmement est lancé en 1898 par Nicolas II, conseillé par Serge Witte qui est totalement opposé à une guerre soit avec l’Allemagne, soit avec le Japon. Nicolas II lance à tous les pays une appel au désarmement et à la paix mondiale, en se référant aux conséquences commerciales, aux financières et morales de la course aux armements[57] En 1899, le Tsar choisit la ville de La Haye pour la première conférence internationale devant discuter de ce problème. Les autres puissances comme le Royaume-Uni et l'Allemagne accueillent froidement son invitation. Vingt nations européennes, toutefois, participent à ces rencontres et les États-Unis, le Mexique, le Japon, la Chine, le Siam et la Perse, qui réunissent aussi des experts de droit international public de divers pays. La proposition de désarmement est repoussée, mais on obtient une convention sur les règles de guerre (qui prévoit la tutelle de personnes et les structures civiles et la prohibition des gaz toxiques), et le droit international humanitaire. Le résultat plus important obtenu de Tsar et ses collaborateurs est cependant la création de la Cour d'arbitrage international de La Haye. Dans cette initiative, Nicolas II est soutenu principalement de Bertha von Suttner, fondatrice du mouvement pacifiste allemand, et de Henry Dunant, le fondateur de la Croix rouge. Cent dix ans après la première conférence Dmitri Medvedev, 3e président de Russie, rappelle le 15 juillet 2008 les initiatives prises par le dernier empereur russe Nicolas II, (dont l'exécution il y a tout juste 90 ans devait d'ailleurs être commémorée le lendemain). Le renversement violent du tsar Nicolas II effaça le souvenir historique de ses mérites, dont le plus important fut la décision prise il y a 110 ans, en 1898, d'inviter les grandes puissances à une conférence internationale sur la paix. Des décisions très importantes sur la façon de rendre les guerres plus "civilisées" furent prises au cours de cette première conférence de paix de La Haye. Elle posa les fondements d'une deuxième conférence qui eut lieu au même endroit en 1907, et dont le contenu fut plus profond. Par conséquent, le tsar Nicolas II peut être considéré comme le fondateur, ou du moins, le protecteur des lois internationales sur la guerre[58]. Mais dans l'Empire, les révoltes paysannes se multiplient, les émeutes et les grèves aussi et s'ajoute à ces violences des pogroms. La crise internationale et l'effort de guerre ont comme conséquences la fermeture de 4.000 usines. En 1902, Nicolas II confie au comte Plehve le ministère de l'Intérieur. Bien qu'il éprouvât de la sympathie pour les idées constitutionnelles, Plehve développe une politique très conservatrice. En 1903, le Tsar fait de Séraphin de Sarov un saint et se sent placé sous la protection d'une sainte figure authentiquement russe, paysanne, à l'image du peuple idéal auquel il se réfère sans cesse[59]. Les désastres et les massacres de 1905La guerre avec le Japon (1904-1905)En 1896, la Russie obtient la construction du chemin de fer de l'est chinois qui doit relier la ville russe de Tchita au port de Vladivostok, en traversant le saillant que forme la Mandchourie, entre les deux points (ce qui permet d'éviter un long détour le long de l'Amour). Dans son expansion vers l'Est pour participer au dépeçage de la Chine par les grandes puissances européennes, la Russie pendant la révolte des Boxers occupe la Mandchourie, en 1900. Des généraux et des hommes d'affaires envisagent d'étendre le protectorat russe sur la Corée que le Japon considère comme sa chasse gardée. Jusqu'en 1902, Russie et Japon tentent de régler pacifiquement leurs différends. D'intenses contacts diplomatiques ont lieu entre les deux pays, diverses options sont envisagées : le partage de la péninsule coréenne, la neutralité coréenne sous garantie internationale, l'échange de la Corée contre la Mandchourie ... Le 8 février 1904, le Japon attaque par surprise la flotte russe ancrée à Port-Arthur et assiège la ville qui se rend après un siège de huit mois. En mars 1905, l'infanterie russe est battue à la bataille de Moukden. En mai, la flotte russe de la Baltique, parvenue sur les lieux après un périple de plusieurs milliers de kilomètres est anéantie dans le détroit de Tsushima. En septembre 1905, un traité de paix russo-japonais est signé à Postsmouth (États-Unis). La Russie reconnaît l'existence des intérêts japonais en Corée, concède au Japon les privilèges qu'elle avait acquis en Mandchourie et lui cède la partie méridionale de l'île de Sakhaline mais, malgré l'insistance de la délégation nippone, ne verse pas d'indemnité de guerre. Sur le plan militaire, ce conflit préfigure les guerres du XXe siècle par sa durée (1 an et demi), par les forces engagées (sans doute plus de 2 millions d'hommes au total) et les pertes (156 000 morts, 280 000 blessés, 77 000 prisonniers) ainsi que par l'emploi des techniques les plus modernes de l'art de la guerre (logistique, lignes de communications et renseignements ; opérations combinées terrestres et maritimes ; durée de préparation des engagements)[60]. Cette catastrophe est la première défaite de l’homme blanc face à des gens de couleur et pour les peuples colonisés de l’Empire russe c’est la défaite du Tsar blanc. Les Musulmans de Russie se mettent à rêver d’émancipation[61]. L’admiration fait place au mépris. Chez les Russes, le mécontentement grandit. Le cuirassé Potemkine bombarde le port d'Odessa. Les partis d'opposition sortent renforcés de la défaite des armées russes. La révolution de 1905La Russie est depuis le début du XXe siècle dans un état de révolte permanente. Trois partis exploitent le mécontentement chez les ouvriers, les paysans et les bourgeois : Le parti ouvrier social-démocrate de Russie est une organisation politique marxiste révolutionnaire fondée en mars 1898. Les grèves ouvrières commencent relativement tard, en 1903. Elles obéissent au début à des motivations économiques puis deviennent politiques. En 1897 est né le Bund, mouvement ouvrier juif marxiste qui revendique pour les juifs l'égalité nationale qui va se heurter à Lénine qui est partisan de l'unité du parti[62]. Le Parti socialiste révolutionnaire est une organisation politique russe, d'inspiration socialiste et à base essentiellement paysanne. Il se réclame du groupe terroriste Narodnaïa Volia (Volonté du peuple) disparu en 1881. En 1904, la brigade terroriste du parti, sous la direction de Boris Savinkov, organise l'attentat contre le ministre de l'intérieur Plehve. Les SR assassinent aussi Dmitri Sipiaguine et lr grand-duc Serge Alexandrovitch de Russie, oncle du tsar. L'agitation paysanne est endémique à partir de 1902, mais les émeutes ne virent jamais à l'insurrection : elles ont pour but de faire peur aux nobles afin qu'ils cèdent la terre à bas prix. On compte 670 soulèvements de ce type de 1902 à 1904. Le parti constitutionnel démocratique un parti politique libéral. Les membres du parti sont appelés Cadets, de l'abréviation KD du nom du parti en russe (Конституционная Демократическая партия). Le Parti constitutionnel démocratique est formé à Moscou du 12 au 18 octobre 1905, à l'apogée de la révolution russe de 1905. Ce n'est qu’en 1906, avec le repli de la révolution, que les Cadets abandonnèrent leurs aspirations révolutionnaires et républicaines et se déclarèrent en faveur d'une monarchie constitutionnelle. L'évolution économique et sociale du pays avait fait monter les oppositions libérales, démocrates, socialistes et révolutionnaires au régime tsariste. Il suffit d'une étincelle pour déclencher une révolution. Le 22 janvier 1905, la police ouvre le feu sur une immense manifestation ouvrière, faisant entre 800 et 1.000 morts. L'ironie veut que le meneur de la manifestation, le pope Gapone, soit en réalité membre d'un syndicat policier destiné à noyauter le mouvement ouvrier et l'orienter dans la direction voulue par les autorités. Les ouvriers qui convergent vers le Palais d'Hiver - ils ignorent que Nicolas II est absent de la capitale - portent des icônes et des portraits du tsar et viennent en sujets fidèles ou plutôt comme des enfants devant leur père pour le supplier de soulager leur misère. Le Dimanche Rouge marque la début d'un engrenage révolutionnaire : la première révolution russe. Des jacqueries éclatent dans la plupart des provinces de l'Empire, indépendamment des troubles survenus à Saint-Pétersbourg, car les moujiks ignorent le Dimanche Rouge, dont les journaux censurés ne disent pas un mot. Dans le même temps, la grève ouvrière s'étend à tout le pays. En l'absence de syndicats, l'idée d'une organisation représentative des ouvriers fait son chemin sous la forme de soviets : ils apparaissent d'abord en province dans le rôle de comités de grèves éphémères (ce mot russe signifiant conseil est adopté en mai 1905 par les ouvriers d'Ivanovo pour désigner leur comité de grève). Ils prennent une coloration plus politique avec la fondation du Soviet de Saint-Pétersbourg, en octobre 1905, et de Moscou, en décembre. Tout en se méfiant des intellectuels suspects de vouloir imposer leur hégémonie, les ouvriers ressentent le besoin d'être conseillés par des révolutionnaires expérimentés, qui n'ont qu'un rôle consultatif à côté des délégués ouvriers : d'abord réservés parce qu'ils n'approuvent pas le mouvement des masses, les bolcheviks envoient des représentants mais les postes dirigeants reviennent aux mencheviks, plus nombreux jusqu'en 1917. La population réclame une constitution, une Douma et les libertés. À Saint-Pétersbourg, les parti socialiste révolutionnaire (Russie)|Socialistes Révolutionnaires, les bolcheviks et les mencheviks s'unissent au sein du soviet ouvrier qui publie les Izvestia. L'échec de l'Empire pseudo-constitutionnelLe Manifeste d'octobre 1905 et les Lois fondamentales d'avril 1906Le Manifeste d'octobre 1905J’ai signé cette déclaration à cinq heures. Après une semblable journée je ressens le poids de mes responsabilités et mes pensées sont confuses. Oh Seigneur ! aide nous et sauve la Russie et la paix ![63]. La première révolution russe contraint Nicolas II à des concessions arrachées par son ministre Serge Witte. Nicolas II promulgue le Manifeste du 17 octobre, le nom officiel est Le Manifeste sur le perfectionnement de l'ordre de l'État (russe : Манифест об усовершенствовании государственного порядка. Il s'engage à accorder des libertés civiques au peuple, dont :
Il comporte un décret selon lequel aucune loi n'entrera en vigueur sans le consentement de la Douma. Le manifeste a été précurseur de la première constitution russe de 1906. En réalité, le Manifeste n'entraîne un accroissement significatif des libertés ou de la représentation politique pour le Russe moyen. Le Tsar continue d'exercer son droit de veto sur la Douma, et il va la dissoudre plusieurs fois. Nicolas II ne pense pas que les rapports avec les peuples dominés doivent être modifiés[65]. Les libéraux estiment qu'ils ont obtenu satisfaction sur l'essentiel, mais sont divisés sur la stratégie à adopter : l'aile droite forme le mouvement octobriste, emmené par Alexandre Goutchkov et s'affirme prête à collaborer loyalement avec le gouvernement tandis que l'aile gauche, emmenée par l'historien Milioukov et le Parti constitutionnel démocratique (K.D.) fait du parlementarisme à l'occidentale, un idéal que la Russie doit prochainement atteindre. Les radicaux considèrent ces concessions comme insuffisantes : les Socialistes révolutionnaires et les bolcheviks refusent de participer à une Douma sans pouvoir réel et appellent à la poursuite du mouvement révolutionnaire, relayés par le Soviet de Saint-Pétersbourg. Les ouvriers de la capitale, épuisés par une année de luttes, répondent mal à l'appel lancé par le Soviet, dont le gouvernement fait arrêter les membres mais, à Moscou, les ouvriers prennent les armes et le pouvoir doit utiliser l'artillerie pour écraser le soulèvement. Le 27 avril 1906, le Tsar est à l’origine de la Loi fondamentale de l'État, sorte de constitution, qui transforme la Russie dans une monarchie constitutionnelle. Bien vite cependant, comme la Douma est en complet désaccord avec le Tsar, celui-ci change la loi électorale, en concédant le droit de vote aux seules classes aisées. Le 3 mai 1906 Nicolas II accepte les démissions de Serge Witte et de son gouvernement. Il confie la présidence du conseil au très conservateur Ivan Goremykine, et est nommé ministre de l’Intérieur Piotr Stolypine, déjà gouverneur de Saratov. L'année suivante, la répression met fin à la vague de grèves. Le nouveau premier ministre Stolypine ne cherche pas à gagner la confiance du prolétariat et se contente d'une loi sur les assurances et les maladies, mesure peu populaire, car elle exige une participation ouvrière aux cotisations. Les Lois fondamentales (avril 1906)Nicolas II n'a cédé qu'à contre-cœur en octobre 1905. Il limite au maximum les concessions octroyées dans les Lois fondamentales, ce qui évite d'utiliser le terme honni de constitution) promulguées en avril 1906, la veille du jour où doit se réunir la première Douma. L'empereur conserve le titre d'autocrate (article 4) et garde le contrôle de l'exécutif. Les ministres ne sont pas responsables devant la Douma et relèvent uniquement du souverain), des forces armées, de la politique étrangère (et notamment du droit de déclarer la guerre et de faire la paix) et convoque les sessions annuelles de la Douma (article 9). Le pouvoir législatif de la Douma est officiellement restreint : elle n'a pas l'initiative des lois et les lois qu'elle a acceptées passent ensuite devant l'ancien Conseil d'État transformé en Conseil d'Empire et qui tient lieu de chambre haute (article 44). Le gouvernement a la possibilité de légiférer par oukases dans l'intervalle des sessions, à charge de les faire ratifier ensuite par la Douma. La période semi-constitutionnelle (1905-1907)La première Douma ou Douma cadette (mai-juillet 1906)Les élections réellement libres sont un succès pour le parti Kadet et le centre gauche. Beaucoup parmi les nouveaux élus prennent leurs fonctions à cœur et s'aliènent immédiatement la couronne en cherchant à établir un régime parlementaire et à imposer une réforme agraire jugée inacceptable par la noblesse tandis qu’ Ivan Goremykine, éphémère premier ministre d'avril à juillet 1906, refuse tout contact avec la Douma. Elle veut aussi la libération de tous les prisonniers politiques et du veto des ministres. Les Russes sont à peine majoritaires (deux cent soixante-dix députés russes pour deux cents non-russes)[66]. Piotr Stolypine, nommé nouveau premier ministre par Nicolas II, obtient la dissolution de la Douma. Les députés libéraux et socialistes modérés répliquent en lançant l'appel de Vyborg, appelant à la résistance passive par le refus de l'impôt et de la conscription. Les signataires de l'appel sont condamnés à la prison et déclarés inéligibles non seulement à la future Douma mais aussi aux zemstvos. La deuxième Douma ou Douma rouge (février-juin 1907)Le gouvernement s'est assuré tous les moyens de pression pour s'assurer des résultats favorables, mais la deuxième Douma s'avère encore plus ingouvernable que la première. Les partis de gauche qui ont renoncé au boycott progressent aux dépens des cadets, dont les leaders sont inéligibles. Les Socialistes révolutionnaires obtiennent 36 députés et les Sociaux-Démocrates 66. Les députés non non-russes sont toutefois moins nombreux[67]. Ils s'opposent à Piotr Stolypine par tous les moyens : ce dernier obtient de nouveau de l'empereur la dissolution de la Douma, suite à un prétendu complot fomenté par les sociaux-démocrates. Le gouvernement Stolypine (1906-1911)En juillet 1906, Nicolas II nomme Piotr Stolypine président du Conseil des ministres. Celui-ci se donne deux objectifs : rétablir l'ordre et mettre en œuvre un programme de réformes. Il est le grand artisan de la nouvelle politique russe, qui se veut conservatrice et moderniste. Issu d’une famille de vieille noblesse, il pense que le seul remède à la poussée révolutionnaire est le développement économique du pays. La modification de la loi électorale et l'élection de la Troisième DoumaLa modification de la loi électorale a pour but de faire élire une Douma prête à coopérer avec le gouvernement : la représentation paysanne est diminuée de près de moitié, celle des ouvriers réduite de façon draconienne. Le nombre de députés de la noblesse augmente de façon tout à fait disproportionnée étant donné le faible nombre de ses électeurs. Le gouvernement trouve enfin une Douma coopérative, où l'Union du peuple russe (extrême-droite) et les Octobristes sont majoritaires, mais où des bolcheviks sont députés. Contrairement à ce qui s'est passé pour les deux premières Doumas qui n'ont duré que quelques mois, la troisième reste en fonction jusqu'au terme légal de la législature, c'est-à-dire jusqu'en 1912. La quatrième Douma dure également cinq ans, de 1912 à la révolution de Février 1917. La lutte contre le terrorismeL'arrivée au pouvoir de Stolypine correspond à une reprise du terrorisme. Les Socialistes révolutionnaires décident en 1906 de frapper un grand coup : la résidence où vit le premier ministre est l'objet d'un attentat particulièrement sanglant (plus de trente victimes, dont deux enfants de Stolypine, sont grièvement blessés). Piotr Stolypine est indemne mais est convaincu de la nécessité de sévir sur le champ. Il décide la constitution de cours martiales ambulantes composées d'officiers sans formation juridique qui procèdent à l'instruction immédiate des dossiers : les jugements sont rendus et exécutés par des militaires, les accusés sont privés d'avocat et du droit d'interjeter appel. Cette justice expéditive, qui fonctionne jusqu'au printemps 1907, prononce des milliers de condamnations à mort (la cravate de Stolypine) ou aux travaux forcés (le wagon de Stolypine). Au temps de Stolypine la Sibérie gagne trois millions d’habitants, dont des condamnés politiques. Une réelle tentative de réforme agraire | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||