Extrait de : Canchon Dormoire d'Alexandre Desrousseaux - 1853
(ou : le P'tit Quinquin)
Dors, min p'tit quinquin,
Min p'tit pouchin min gros rojin,
Te m'fras du chagrin,
Si te n'dors point ch'qu'à d'main.
Ainsi l'aut' jour, eun pauv' dintelière,
In amiclotant sin p'tit garchon
Qui, d'puis tros quarts d'heure, n'faijot qu'braire,
Tâchot d'lindormir par eun' canchon.
Ell' li dijot : Min Narcisse,
D'main t'aras du pain n'épice
Du chuc à gogo
Si t'es sache et qu'te fais dodo.
Dans la région Picardie, on parle de « picard », alors qu’on emploie plutôt les sobriquets ch’ti, ch’timi dans le Nord-Pas-de-Calais (et rouchi dans la région de Valenciennes) même si les gens du Nord parlent entre eux simplement de patois, une dénomination dépréciative. Les linguistes emploient uniquement la désignation de « picard ». En effet, qu’on l’appelle patois, picard ou « ch’ti », il s’agit de la même langue, et les variétés qui sont parlées en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique sont assez largement intercompréhensibles.
Il n’en va pas de même de la France qui n’a pas franchi ce pas, conformément à sa politique d’unité linguistique, en vertu de laquelle la Constitution française ne reconnaît qu’une langue officielle, ignorant les autres. Certains rapports officiels ont pourtant reconnu le picard comme une langue à part entière, distincte du français.
On peut citer à ce sujet un extrait du rapport du Professeur Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française (branche du CNRS) au ministre de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie ainsi qu’à la ministre française de la Culture et de la Communication sur les langues de la France (avril 1999) :[1]
Le picard bénéficie néanmoins, comme toutes les autres langues de France, des actions menées par la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France du Ministère de la Culture.
Origine et variation dialectale
L'aire d'extension des langues d'oïl, avec au nord le Picard
Le picard fait partie des langues d’oïl (comme le français) et appartient à la famille des langues gallo-romanes. C’est d’ailleurs aux langues d’oïl que l’on fait référence lorsque l’on parle d’ancien français.
On ne confondra pas le dialecte picard, tel qu’il est et a été parlé, avec ce que l’on appelle "le picard" dans l’histoire de la littérature française. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un ensemble de variétés utilisées à l’écrit (scriptae) dans le Nord de la France dès avant l’an 1000 et bien sûr marqués par des traits dialectaux picards ; cette scripta voisinait avec d’autres variétés écrites, comme le champenois et l’anglo-normand (le Sud de la France utilisait alors un ensemble de variétés, hétérogènes elles aussi, souvent désignées comme constituant la langue d’oc, ou occitan).
Le picard est phonétiquement assez bien différencié des langues d’oïl centrales, qui donneront naissance au français ; parmi les traits les plus remarquables, on peut noter une évolution moins marquée en picard des phénomènes de palatalisation, qui frappent dans les langues d’oïl /k/ ou /g/ devant /y/ (son initial de yacht), /i/ et /e/ toniques, ainsi que devant /a/ et /ɔ/ (/o/ ouvert de porte) toniques pour l'ancien français central mais pas le picard :
picard keval ~ ancien français cheval (prononcé tcheval), de *kábal (latin vulgairecáballus) : maintien du /k/ originel en picard devant /a/ et /ɔ/ toniques ;
picard gambe ~ ancien français jambe (prononcé djambe), de *gámbe (latin vulgaire gámba) : absence de palatalisation de /g/ en picard devant /a/ et /ɔ/ toniques ;
picard kief ~ ancien français chef, de *káf (latincáput) : palatalisation moins importante du /k/ en picard ;
picard cherf (prononcé tcherf) ~ ancien français cerf (prononcé tserf), de *kárf (latin cérvus) : palatalisation simple en picard, palatalisation puis assibilation en ancien français.
On peut résumer ces effets de palatalisation ainsi :
/k/ + /y/, /i/ ou /e/ (toniques) : picard /ʧ/ (prononcé tch et noté par ch) ~ ancien français /ts/ (noté par c) ;
/k/ et /g/ + /a/ ou /ɔ/ toniques : picard /k/ et /g/ ~ ancien français /ʧ/ (noté ch) et /ʤ/ (prononcé dj comme dans djebel et noté par j).
Ainsi, l’on en arrive à des oppositions frappantes, telles que picard cachier (prononcé catchier) ~ ancien français chacier (prononcé tchatsier, lequel deviendra plus tard chasser, forme du français moderne).
Du fait du voisinage entre l’aire du picard et Paris, le français, c’est-à-dire principalement l’ensemble de langues parlées dans le bassin parisien, influença beaucoup le picard. De cette proximité entre le picard et le français vient d’ailleurs la difficulté à le reconnaître comme une langue à part plutôt que comme « une déformation du français », comme on le pense souvent.
Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés, extrêmement proches cependant. Une énumération précise reste difficile en l’absence d’études spécifiques sur la variation dialectale, mais on peut probablement distinguer provisoirement les principales variétés suivantes : Amiénois, Vimeu- Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, « ch'ti mi »(ex-bassin minier, Lille), variétés circum-lilloises(Roubaix, Tourcoing, Mouscron, Comines), Tournaisien, « rouchi »(Valenciennois) et Borain, Artésien rural, Boulonnais. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.
Différences entre picard du sud et picard du nord
On peut en gros voir deux grandes régions où sont très répandues les deux variétés de picard les plus connues : le Nord-Pas-de-Calais d’une part, et la Somme, d’autre part. On remarque surtout plusieurs différences régulières et nettes entre les deux types de parlers, ainsi :
Oé/O : Sud : J’étoé ; Nord : J’étos (J’étais)
Ieu/Ieau : Sud : Catieu ; Nord : Catieau (Château)
Tch/K : Sud : Tchien ; Nord : Kien (Chien)
O/A : Sud : Co ; Nord : Ca (Chat)
Oin/On : Sud : Boin ; Nord : Bon (Bon)
Conjugaison de quelques verbes
Être :(je, tu, il, elle, nous, vous, ils)
- Indicatif présent : Ej'sus, t'es, i'est, al'est, in'est, vos êtes, i sont.
Ferme eut'bouque tin nez i va queire éd'dins ! : Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans ! -> Reprends-toi, fais quelque chose !
I’n’faut pas qu’ches glaines i cantent pus fort que’ch’co ! : Il ne faut pas que les poules chantent plus fort que le coq ! -> Le mari ne doit pas se faire mener par son épouse.
Té peux toudis chiffler poupoule ! : Tu peux toujours siffler après une poule ! -> Tu peux toujours courir.
I'mint comme un arracheux d'dints ! : Il ment comme un dentiste ! -> Mentir pour rassurer.
Much tin cul v'là ch'gart' : Cache ton derrière, voilà le garde qui arrive. -> Se dit aux enfants qui se promènent cul nu.
Té veux m'l'intiquer pa'ch'gros bout ! : Tu veux l'introduire par l'extrémité la plus large ! -> Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
Té veux m'faire gober d'z'oeufs durs ! : Tu veux me faire gober des œufs cuits durs ! -> Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
Té veux m'faire craquer d'z'allumettes dins l'ieau ! : Tu veux me faire craquer des allumettes dans l'eau ! -> Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
Vocabulaire de nombreuses variations de patois encore pratiquées dans le Nord-Pas de Calais
De nombreux mots des formes de picard sont très proches du français mais un grand nombre de mots lui sont totalement spécifiques, principalement des mots du jargon minier.
Abile : Vivement, précipitamment (abile les vacances - vivement les vacances). Ne pas traîner, se dépêcher, vite (abile don - Allez, dépêche-toi donc!). Synonyme : Groule.
Abouler : 1) Venir auprès (Aboule ! - Viens ici !); 2) Donner (Aboule le fric ! - Donne l'argent !).
Babache : Simplet, imbécile. Dans le Pas-de-Calais, désigne la joue.
Balochard : Traîne savate, maladroit, bon à rien.
Baraque : Roulotte de saltimbanque, maison.
Biloute, loute : sexe masculin,, nom équivalant à « gars », « mec ». Pour appeler quelqu'un plus jeune que soi : hé, biloute, viens vir' ichi ! - Hé, garçon, viens voir !. Parfois précédé de tch(i)ot'. Dans le sud du Pas-de-Calais, chez les Boyaux Rouges, on utilise plutôt l'expression : maloute, minloute.
Bistoule (ou bistouille) : Après avoir bu le café, goutte de rhum ou de genièvre que l'on versait dans la tasse et que l'on mélangeait (touillait) à nouveau (bis) avec le restant de café et de sucre.
Boubourse : Simplet, imbécile, innocent (propre à la région de Lille / Armentières).
Briquet : Casse-croûte. Ci après un exemple tiré des "Fougères noires" :
Pindant l’briquet un galibot composot, assis sur un bos,
L’air d’eune musique qu’i sifflotot.
Ch’étot tellemint bin fabriqué,
qu’les mineurs lâchant leurs briquets
Comminssotent à’ s’mette à’ l’danser (Edmond Tanière - La polka du mineur)
Traduction :
Pendant le casse-croûte un jeune mineur composait, assis sur un bout de bois,
L’air d’une musique qu’il sifflotait.
C’était tellement bien fait
Que les mineurs lâchant leurs casse-croûte
Commençaient à se mettre à le danser.
Canard : Morceau de sucre trempé dans de l'alcool (genièvre, rhum) que l'on fait fondre dans la bouche.
Carabistoulles (des) : Des contes, des âneries, des bêtises... On dit aussi des cacoulles. (Ch'est tout cacoulles chu qu' té dis - Tu dis des bêtises).
Chirloute : Café très léger (Tin café, ch'est de l'chirloute). Expression synonyme : Jus d'quochette - Jus de chaussette.
Cordéoneux : Joueur d'accordéon.
Coron : Pâté de maisons ouvrières identiques (les corons des villes minières).
Maboule : Se dit d'une personne qui a perdu la tête, sot, fou.
Marrone : Pantalon. (Armont' eut' maronn' in vot tin cul)
Niguedoule (nig'doule) : Imbécile, bête.
Pain d'alouette : restant de casse-croûte que l'ouvrier garde pour le rapporter aux enfants.
Pos d'chuc : Petits pois, littéralement pois de sucre / pois sucrés
Quat'z'yux : Quatre yeux. Expression péjorative pour désigner une personne qui porte des lunettes.
Quoi : Utilisé dans des expressions du type J'te dirai quoi - Je te dirai ce qu'il en est, ou encore Dis-me quoi ! - Dis-moi ce qu'il en est !
Quo que [se prononce kok]: Qu’est-ce que. Quo que té dis ? - Qu'est-ce que tu dis ?
Rescappé : Echappé (dans le sens s'en être sorti).
Revoyure (à la) : Au revoir.
Sais quo : Quelque chose (viens de "sais quoi") I'a un jé n'sais quo qui va nin - Il y a quelque chose qui ne va pas.
Souglou : Le hoquet (Pauf tchiot, i a ch'souglou ! - Pauvre petit, il a le hoquet).
Soumaquer : Genre de hoquet que l'on peut avoir après avoir pleuré, désigne aussi le fait de parler en larmoyant.
Tatoule : Tripotée, grêle de coups, gifle.
Tertous, tertoutes : Tous, toutes dans le sens de tout le monde (Bonjour tertous - Bonjour tout le monde).
Ti z'aut' : Vous tous.
Toudis : Toujours (du latin dies - jour).
Tout' et out': autant dedans que dehors (L'salle d'attinte al'étot remplie tout'et out - La salle d'attente était tellement remplie qu'il y avait autant de gens dehors que dedans).
Vindjou, Vindidjou : S'utilise comme l'expression « Bon sang ! ». Cette expression était considérée comme un blasphème jusqu'aux années 1950. Aujourd'hui elle est couramment utilisée et complètement séparée de son sens premier. Synonymes : vains dieux, vains tes diouss. Exemple : Vains tes diouss Maurice, éj't'avos dis d'y aller duchemint don ! - Bon sang Maurice, je t'avais dit d'y aller doucement !
Wassingue : Serpillière.
Waterzoï : Plat spécifique du nord - Pas de Calais et de la Belgique à base de poisson ou de poulet.
Le picard n’est pas enseigné à l’école (en dehors de quelques initiatives ponctuelles et non officielles) et n’est parlé que dans un cadre privé. Selon les historiens, il est probable que l’école républicaine obligatoire ait fait disparaître au XXe siècle les locuteurs picards monolingues.
La langue fait néanmoins l’objet d’études et de recherches dans les Universités de Lettres de Lille et d’Amiens. Avec la mobilité des populations et la pénétration du français par les médias modernes, les différentes variétés du picard tendent à s’uniformiser. Dans sa pratique quotidienne, le picard tend à perdre de sa spécificité en se confondant avec le français régional. D’ailleurs, de nos jours, si la plupart des Nordistes peuvent comprendre le picard, de moins en moins sont capables de le parler et ceux pour qui le picard est la langue maternelle sont de plus en plus rares.
Cependant, le picard, parlé dans les campagnes comme dans les villes, est loin d’être une langue disparue, et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de cette région.
La prononciation varie aussi beaucoup suivant les parties de la région où la langue est parlée ce qui fait qu'en entendant quelqu'un s'exprimer en patois on a vite fait d'identifier l'origine géographique du locuteur.
Le picard à l’écrit
Le picard est maintenant avant tout une langue exclusivement parlée. Ce n’était pas le cas à l’origine : la période médiévale puis celle correspondant au moyen français, en effet, sont riches de textes littéraires en picard. (Par exemple, la Séquence de sainte Eulalie (880 ou 881), premier texte littéraire écrit en langue d’oïl, ou les œuvres d’Adam de la Halle). Le picard, cependant, n’a pas réussi à s’imposer face à la langue littéraire interrégionale qu’était devenue le français, et a été peu à peu réduite au statut de « langue régionale ».
On trouve une littérature picarde moderne lors des deux derniers siècles, lesquels ont vu naître partout en France les affirmations identitaires régionales en réponse au modèle républicain centralisé issu de la Révolution. Aussi le picard écrit est-il une retranscription du picard oral. Pour cette raison, on trouve souvent plusieurs orthographes aux mêmes mots, de la même manière que pour le français avant que celui-ci ne soit normalisé. L’une des orthographes s’inspire directement des mots français. Elle est sans doute la plus simple à comprendre mais elle est aussi sans doute à l’origine de l’idée selon laquelle le picard n’est qu’une déformation du français. Diverses réflexions orthographiques ont été menées depuis les années 1960 pour pallier cet inconvénient, et donner au picard une identité visuelle distincte du français. Il existe actuellement un certain consensus, au moins parmi les universitaires, autour de la graphie dite Feller-Carton. Ce système, qui donne aux prononciations spécifiques au picard des graphies en rapport, mais reste lisible pour qui ne maîtrise pas entièrement la langue, est l’œuvre du professeur Fernand Carton, qui a adapté au picard l’orthographe du wallon mise au point par Jules Feller. Une autre méthode existante est celle de Michel Lefèvre (où [kajεl] « chaise » est noté eun' kayel, contre eun' cayelle dans le système Feller-Carton). Soulignons les efforts significatifs du chanoine Haigneré, du professeur Henri Roussel, du docteur Jean-Pierre Dickès pour décrire et conserver cette langue par écrit.
Origine du mot ch'ti
Le mot « ch'ti » ou « ch'ti mi », a été inventé durant la Première Guerre mondiale par des poilus qui n’étaient pas de la région et désignaient ainsi leurs camarades originaires du Nord ou du Pas-de-Calais. Ce mot a été créé à partir de ce dialogue : « Ch’est ti ? — Ch’est mi » (C’est toi ? — C’est moi.).
Selon une autre hypothèse, l'appellation "chti/chtimi" serait le fruit d'un renversement sémantique ancien de l'ancien français ch(e)ti(f) < lat. captivu(m), "prisonnier", "asservi", "malheureux", "souffreteux", "chétif", "misérable" dans tous les sens du terme, donc aussi "pauvre type", "bon à rien", "racaille", "voyou". Selon un procédé classique, commun aux Gueux, aux Enragés et aux Enfoirés, les petites gens, par dérision et provocation, auraient repris ce terme de mépris aux puissants du pays, plus ou moins francisés, pour s'en faire un titre de gloire et un marqueur culturel et social.
Apprendre le picard / Ch'ti
On trouve également un certain nombre de dictionnaires et de manuels du patois :
René Debrie, Le cours de picard pour tous - Eche pikar, bèl é rade (le Picard vite et bien). Parlers de l’Amiénois. Paris, Omnivox, 1983 (+ 2 cassettes), 208 p.
Alain Dawson, Le picard de poche. Paris : Assimil, 2003, 192 p.
Alain Dawson, Le « chtimi » de poche, parler du Nord et du Pas-de-Calais. Paris : Assimil, 2002, 194 p.
Armel Depoilly (A.D. d’Dérgny), Contes éd no forni, et pi Ramintuvries (avec lexique picard-français). Abbeville : Ch’'Lanchron, 1998, 150 p.
Chés Diseux d’Achteure : "Diries 1989" (préface de Jacques Dulphy). Amiens : Picardies d’Achteure, 1990, 71 p. + cassette
Jean Louis Hardelin, Pou cheusse ki veutte lire, éditions Henry, Montreuil sur mer, 2005
Gaston Vasseur, Dictionnaire des parlers picards du Vimeu (Somme), avec index français-picard (par l’équipe de Ch’Lanchron d’Abbeville). Fontenay-sous-Bois : SIDES, 1998 (rééd. augmentée), 816 p. (11 800 termes)
Gaston Vasseur, Grammaire des parlers picards du Vimeu (Somme) - morphologie, syntaxe, anthropologie et toponymie. 1996, 144 p.
Guy Dubois Ecole des parlaches 62138 Haisnes les La Bassée www.guydubois.free.fr
Jean Pierre Dickès : Le patois de la côte - Boulonnais,Calaisis, Pays de Montreuil - Société Académique du Boulonnais - 530 pages
Jean Dauby : Le livre du rouchi, parler picard de Valenciennes - Société Linguistique Picarde
Plus de soixante-dix théâtres se fixent en deux siècles à Amiens. Beaucoup de théâtres disparurent avec la première guerre mondiale et l'invention du cinématographe.
Lafleur connut une renaissance et un vif succès populaire local, de 1930 à 1960, grâce au Théâtre des Amis de Lafleur en 1930 et au Théâtre de Chés Cabotans d'Amiens en 1933. C'est avec Maurice Domon, fondateur de Chés Cabotans d'Amiens que le répertoire devient une réelle critique sociale.
Florimond Long Minton naquit de l'imagination et sous la plume du directeur du journal local « Le Petit Doullennais » et auteur picardisant, Charles Dessaint, qui publia des textes, régulièrement de 1925 à 1935.
L’humoriste Dany Boon a fait un spectacle en picard ch’ti au titre évocateur « À s’baraque et en ch'ti ». Dans ce spectacle, il dépeint la vie parisienne qu'il mène en la comparant avec ses habitudes du Nord. Il y explique que les Parisiens sont beaucoup plus fermés que les Nordistes, caractérisés par l'accueil toujours chaleureux qu'ils réservent à leurs hôtes.
Il a également réalisé Bienvenue chez les Ch’tis, toujours sur le thème des Nordistes accueillants et chaleureux. Il faut toutefois noter que le site du tournage, la ville de Bergues appartient au domaine du flamand occidental que l'on rattache au néerlandais. Ce dialecte, qui comporte de nombreux emprunts de langue d'oïl, a décliné depuis 1940 et se trouve peu à peu concurrencé par le picard, ce qui peut contribuer à une certaine authenticité du film.
On entend également quelques phrases picardes dans la chanson Marly-Gomont de Kamini.
Mais le picard a aussi su s'intégrer dans la modernité par le domaine de la chanson-rock ou blues et ce dès le début des années 80 avec un groupe comme Dejouk (amiénois). Mais c'est le chanteur, poète et revuiste Christian Edziré Déquesnes qui pousse l'expérience le plus loin après sa rencontre avec Ivar Ch'Vavar vers le milieu des années 90 en créant le groupe Chés Déssaquaches, devenu ensuite Chés Éclichures, (2) Brokes et aujourd'hui Chés Noertes glennes. Dernièrement le slameur Serial crieur a également créé un clip fort original tout en picard.
Chansonniers et autres artistes d'expression picarde
L'expression « Bo-iaux Rouches » (boyaux rouges), qui désigne les habitants du sud de l'Artois (les mines), est indépendante de celle de ch'ti mais si l'on est « Boyaux Rouges », on est forcément ch'ti, l'inverse n'étant pas vrai.
Fernand Carton (en coll. avec Maurice Lebègue): Atlas linguistique et ethnographique picard, Vol. 1(1989), Vol. 2 (1998), Coll. Atlas linguistiques de France par régions, Paris, Ed. CNRS.
Jean-Michel Eloy, La constitution du picard : une approche de la notion de langue, Louvain, Peeters (Bibliothèque des Cahiers de l'Institut de Linguistique de Louvain), 1997, ISBN 9068319051.
↑ Les Langues de la France, Rapport au Ministre de l'Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie, Paris, 1999.[1]
↑ Il est à noter que le poitevin-saintongeais n'apparaît plus dans la liste des langues de France, langues d'oïl, depuis début 2007, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLF), service du Ministère de la Culture DGLF - Ministère de la Culture, remplacé par le poitevin et le saintongeais.