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Le quéchua ou kitchoua ou runasimi (runa = humain; simi = langue) désigne un groupe de langues parlées au Pérou (où le quéchua a le statut de langue officielle depuis 1975), ainsi que dans d'autres régions des Andes, depuis le sud de la Colombie jusqu'au nord de l'Argentine. Il compte environ dix millions de locuteurs, dont deux millions en Équateur, quatre millions et demi au Pérou et un million et demi en Bolivie. Il se subdivise en de nombreuses variétés. La plus répandue (sud du Pérou et Bolivie) est le quéchua dit « cuzquénien », qui possède une tradition écrite ancienne remontant à l'époque coloniale (XVIe siècle). Le quéchua était la lingua franca de la civilisation inca (mais non sa langue officielle, laquelle était l'aymara). La spectaculaire extension territoriale actuelle du quéchua est due au fait qu'il a été promu au rang de lengua general par le colonisateur espagnol.
HistoireAvant le développement de l'empire inca, le quéchua était la langue des Chinchas qui vivaient dans la région côtière autour de l'actuelle ville de Lima et qui comprend notamment le temple de Pachacamac. Durant le premier millénaire après J.-C., la langue se serait propagée dans un premier temps via les échanges commerciaux entre les Chinchas et les peuples voisins, notamment à Cajamarca et jusqu'en Équateur[1], sans nécessairement s'y imposer comme langue vernaculaire. Selon le linguiste Nicholas Ostler, le quéchua est devenu la langue impériale des Incas après l'annexion « amicale » des territoires des Chinchas sous le règne de Pachacutec[1]. Durant les générations suivantes, la langue s'est propagée dans une grande partie de l'empire inca grandissant, soit par une politique de colonisation[2], soit comme le rapportait l'historien jésuite Blas Valera en éduquant directement à Cuzco les héritiers des territoires vassalisés, lesquels devaient en retour transmettre le quéchua à leur descendance[3]. PhonologieLe quéchua dit "normalisé" a trois voyelles : i, a et u (ou). Chaque consonne occlusive (labiale, dentale, palatale, vélaire et uvulaire) a une variante simple, une variante glottale et une variante aspirée (exemple : p, p' et ph). Syntaxe et morphologieLe quéchua est une langue agglutinante, construisant ses mots à l'aide de suffixes stables, au nombre d'une centaine. Le syntagme nominal est constitué d'une base à laquelle viennent s'adjoindre d'éventuels suffixes possessifs (proches des personnes de la conjugaison), des suffixes modificateurs et des suffixes casuels (lesquels sont au nombre de 12). Un éventuel suffixe de non pluralité se place entre les premiers et les seconds. Le syntagme verbal, situé en fin de phrase, est constitué de marques de temps, d'aspects, de transitions, de post-verbes et de marques de la personne. La première personne du pluriel est dédoublée en "nous inclusif" (nous, y compris toi) et "nous exclusif" (nous, mais pas toi). Le concept de genre est inopérant en quéchua, et celui de nombre a une importance moindre que dans les langues indo-européennes. Le quéchua est particulièrement riche et nuancé pour exprimer l'implication du sujet dans les processus exprimés, et notamment les modalités de sa connaissance desdits procès. Valeurs graphiques
LexiqueExemples
Autres exemples
Emprunts françaisQuelques mots d'origine quéchua se sont introduits en français par l'intermédiaire de l'espagnol, notamment alpaga, condor, coca, guano, lama, pampa, puma, quinoa, et vigogne. Controverse orthographiqueUne controverse orthographique interminable oppose les partisans de l'écriture du quéchua avec trois voyelles (trivocalistes) à ceux qui préfèrent employer les cinq voyelles de l'espagnol (pentavocalistes). Il est généralement admis que, d'un point de vue phonologique, les locuteurs totalement quéchuaphones ne distinguent que trois voyelles ([a], [i] et [u]). Cependant, les locuteurs bilingues (également hispanophones), qui ont souvent appris à écrire en espagnol, ont tendance à noter cinq voyelles comme dans cette dernière langue (ils noteront tantôt i, tantôt e là où les trivocalistes préconisent l'usage unique de i, et tantôt u, tantôt o, là où les trivocalistes préconisent de n'utiliser que u). Trivocalistes et pentavocalistes sont généralement d'accord pour admettre que ces variantes (dites libres par les linguistes) ne sont pas porteuses de sens (elles n'ont pas de valeur phonologique), mais se manifestent systématiquement, pour des raisons de physique articulatoire, en présence des consonnes dites uvulaires ou post-vélaires, mais pratiquement pas dans d'autres cas. L'opinion la plus couramment admise aujourd'hui parmi les universitaires préconise donc de limiter à trois voyelles la transcription de cette langue, afin d'éviter la multiplication inutile de variantes de graphies selon les dialectes et les transcriptions. Cette position reste cependant contestée par beaucoup d'autochtones, lesquels la jugent paradoxalement intellectualisante et déconnectée de la réalité (paradoxe, puisque le système phonologique du quéchua se réduit à trois voyelles; mais ce paradoxe s'explique par la prégnance des modèles hérités de la colonisation). Elle présente aussi l'inconvénient de rendre caducs de nombreux ouvrages (dictionnaires, grammaires, anthologies...) rédigés avec l'orthographe pentavocaliste et qui ne semblent pas près d'être remplacés, faute de financement. Enfin, elle néglige le fait que le quéchua contemporain fait des emprunts de vocabulaire à la langue espagnole -- qui, elle, fait sans l'ombre d'un doute appel à cinq voyelles. Et dans ce cas, ou bien le mot conserve la trace de son origine étrangère au quéchua et il faut le transcrire avec les normes espagnoles, ou il s'intègre au système phonologique quéchua, c’est-à-dire à un système trivocalique. Voir aussiNotes et références
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